La prise en charge des survivantes de violences basées sur le genre (VBG) repose sur une approche coordonnée qui place les besoins et le consentement de la survivante au cœur de chaque intervention. Au Centre intégré de services multisectoriels (CISM), chaque étape est organisée pour garantir une réponse rapide, confidentielle et adaptée à la situation de chaque personne accueillie.
En République démocratique du Congo (RDC), les Centres intégrés de services multisectoriels (CISM) ont été mis en place à l'initiative du Gouvernement congolais dans le cadre du projet STAR-EST, un programme dédié au relèvement des survivantes et survivants de violences sexuelles. Financé par la Banque mondiale, ce projet est mis en œuvre avec l'appui de plusieurs partenaires, notamment l'International Rescue Committee (IRC), la Fondation Panzi, Heal Africa et les Centres intégrés de services multisectoriels (CISM), afin de renforcer l'accès à une prise en charge holistique des victimes.
Avant d'aller plus loin, je vous partage ce protocole standard :
les directives à la gestion inter-agence des cas de violences basées sur le genre. Il présente les principes de la gestion des cas de VBG, l'approche centrée sur la survivante, les bonnes pratiques d'accompagnement ainsi que les outils indispensables pour assurer une prise en charge éthique, sûre et de qualité. Ce guide s'inscrit dans les lignes directrices inter organisations sur la gestion des cas de VBG.
Dès son arrivée à la structure sanitaire, la survivante est reçue au niveau du triage par un agent de première ligne (APS) spécialement formée à l'identification et à l'orientation des cas de VBG. Son rôle consiste à accueillir la survivante dans un cadre sécurisant, évaluer ses besoins immédiats et la référer vers le service habilité en fonction de sa situation. Par exemple, chez le psychologue ou chez le médecin.
La prise en charge ne suit pas un parcours unique. Elle est déterminée par les besoins prioritaires de la survivante. Certaines nécessitent en premier lieu une assistance médicale, tandis que d'autres ont besoin d'un accompagnement psychosocial, juridique ou de protection. Cette approche individualisée permet d'apporter une réponse adaptée à chaque cas.
Avant toute intervention, le personnel explique à la survivante les différentes étapes de la prise en charge. Une fiche de consentement est présentée afin de s'assurer qu'elle comprend les soins proposés et qu'elle reste libre de les accepter ou de les refuser à tout moment. Le respect du consentement constitue un principe fondamental du processus.
Dans l'approche MEAL, plusieurs outils sont utilisés pour documenter le cas et assurer un suivi de qualité. Il s'agit notamment de la fiche de consentement, du formulaire d'admission initiale, de la fiche d'information psychosociale, du plan de sécurité de la survivante, de la fiche de consultation médicale, de la fiche de suivi des cas ainsi que du registre d'enregistrement des cas. Selon la nature de la violence subie, d'autres formulaires spécifiques peuvent également être complétés.
Au niveau médical, le prestataire commence par écouter attentivement le récit de la survivante tout en renseignant les informations nécessaires sur la fiche de consultation. Avec son accord, un examen physique est ensuite réalisé, chaque geste étant expliqué au préalable afin de préserver sa dignité et son autonomie. Si nécessaire, des examens de laboratoire sont prescrits. Dans les cas indiqués, des preuves médico-légales sont également collectées selon les procédures en vigueur.
Lorsque la survivante se présente dans les 72 heures suivant l'agression sexuelle, elle peut bénéficier du
kit de prophylaxie post-exposition (PEP) [
Réf: Médecins Sans Frontières], destiné à réduire le risque de transmission du VIH. Après évaluation, le médecin prescrit le traitement et l'infirmier accompagne la survivante à la pharmacie. Les médicaments lui sont remis avec des explications détaillées sur leur utilisation, et les premiers comprimés sont administrés sur place afin de favoriser une bonne observance du traitement.
Le suivi des cas ne s'arrête pas après les premiers soins. Les données recueillies font l'objet d'une validation hebdomadaire réunissant les points focaux des différents volets de prise en charge. Ces réunions permettent d'examiner les cas reçus avant ou après les 72 heures, d'assurer la cohérence des informations rapportées, d'identifier les éventuelles difficultés de coordination et de valider les données à travers le procès-verbal prévu à cet effet.
Les responsables insistent également sur l'importance de documenter systématiquement toutes les activités. Les réunions de coordination hebdomadaires doivent être consignées par écrit, les difficultés rencontrées doivent être rapportées et tous les dossiers, qu'il s'agisse de cas pris en charge avant ou après les 72 heures, doivent être archivés dans des classeurs afin de garantir la traçabilité et la qualité du système de prise en charge.
À travers ce circuit, le Centre Intégré des Services Multisectoriels met en œuvre une approche centrée sur la survivante, fondée sur le respect de son consentement, la confidentialité et la coordination entre les différents services. Cette organisation contribue à offrir une prise en charge holistique (ONE STOP CENTER) répondant aux besoins médicaux, psychosociaux et de protection des survivantes de violences basées sur le genre.